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Le tonneau

“Clochemerle” à Rochechouart  -  Les obsèques  -  Le restaurant de Dallas




C’est en 1953 que Léonce Chabernaud, marchand de vin et surtout très bon vivant, est enterré au cimetière de Rochechouart dans ce tombeau très atypique : la réplique d’un wagon foudre, en ciment, grandeur nature. Cette curiosité fait partie désormais du patrimoine historique de la ville.



La construction du tonneau



Le tonneau en construction (archives famille Chabernaud).


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L’histoire du tonneau vue par les journaux


“Clochemerle à Rochechouart”

Le foudre au cimetière (magazine “Nuit et Jour” du 1er mai 1947).

Léonce Chabernaud déclenche un scandale à Rochechouart (Haute-Vienne)
en coulant dans le ciment le plus grand caveau de France : le sien.


Ce paisible marchand de vin, M. Chabernaud, a révolutionné une petite ville du Limousin.

    

Quoique d’humeur joyeuse, M. Chabernaud pense à la mort, mais avec humour. Il peut l’affronter, il a tout prévu. Devant l’entrée du cénotaphe, il explique à son vieil ami et “supporter”, comment il passera la porte.

Rochechouart, petite ville du Limousin de 2000 habitants, est une sous-préfecture. C’est là sa première originalité. Elle en a d’autres. Et comme le dit une chanson sans aucune prétention littéraire :
“Les Bordelais possèdent les Quinconces,
Les Toulousains de splendides bistros,
Mais Rochechouart a le tonneau d’Léonce,
Son vieux clocher, son canon, son château.”
Le tonneau d’Léonce ? En voici l’histoire :
Un beau matin de septembre 1930, les Rochechouartais virent s’élever dans leur cimetière de “Beaumoussou”, un échafaudage aux bizarres entretoises. Des ouvriers coulaient, en ciment, une boule de forme inattendue.
On interroge le propriétaire : "C’est-y que tu te sens pas bien, Léonce, et que tu penses mourir bientôt ? Qué que tu bâtis-là ?"
Mais Chabernaud, le marchand de vin, s’en tirait toujours sans mot dire, en clignant un oeil malicieux. Les maçons, venus de l’extérieur, eux-aussi se taisaient. La petite ville était anxieuse.
Et puis, un jour, ce fut dans Rochechouart comme un immense éclat de rire. Léonce Chabernaud avait fait édifier, en guise de mausolée, un wagon-foudre de cent hectolitres, scrupuleusement reconstitué, avec sa plate-forme, ses tampons, ses roues et le rail. À grands coups de pinceau, les peintres badigeonnèrent le cénotaphe de rouge, les cercles de noir et inscrivirent en guise d’épitaphe, en grosses lettres, comme il se doit pour stimuler la réclame : “Léonce Chabernaud, vins en gros, Rochechouart (Haute-Vienne)”.
Il n’en fallut pas plus pour faire de Rochechouart un nouveau Clochemerle. Léonce Chabernaud, important marchand de vins de l’endroit, vieux rabelaisien plein d’honneur, avait de fidèles amis qui se groupèrent autour de lui. Et la sous-préfecture se divisa en deux clans.
Les adversaires crièrent au scandale. Les deux journaux locaux s’emparèrent de l’incident et...devinrent ennemis. L’archiprêtre, le dimanche en chaire, tonna contre cette immoralité.
Tous les soirs, au café de France, transformé en salle de rédaction, Léonce rédigeait au milieu de ses supporters, son article du lendemain. Il ironisait : “Mon désir est de faire installer dans mon tonneau le téléphone, l’électricité et la T.S.F. pour qu’après ma mort, je ne sois pas tout à fait séparé du reste des vivants. Certains insinuent que je devrais y faire poser le chauffage central. À quoi bon ? De quoi a-t-on peur ? Que je meure de soif, le tonneau une fois vide ? Monté sur rails, mon wagon-foudre peut faire la navette de l’expéditeur au destinataire, et le chai n’est pas loin...”
Et pompeusement, il signait : “Léonce Chabernaud, propriétaire du wagon-réservoir numéro 463 à Beaumoussou (embranchement particulier).”
Il y eut même une inauguration. Léonce avait invité ses amis à aller arroser “ça” dans le cénotaphe lui-même. Ce fut un beau charrivari. La lutte entre les deux clans atteignit son paroxysme. On parla dans l’autre clan de faire sauter “l’odieux monument” à la dynamite. Chabernaud, incontinent, constitua une garde fidèle. Des deux côtés on menaçait d’en venir aux mains jusque dans le cimetière. Pour finir, le conseil municipal démissionna...
Peu à peu, le temps apaisa les passions. Le tonneau de Léonce, battu par les pluies, perdit de son agressivité. Les rouges et les noirs s’estompèrent. Le monument prit une teinte grisâtre. L’oeil s’habitua. Mais, délaissant le clocher du 12ème siècle, le canon du 15ème et le château Renaissance, les touristes affluèrent au cimetière de Beaumoussou.
Les ans passèrent. Chabernaud vendit son commerce et se retira avec sa femme et ses neuf enfants à la campagne, près de Mouzon en Charente. Trois fois l’an, il poussait jusqu’à Rochechouart vider un verre avec ses vieux camarades. Il ne repartait jamais sans aller faire un tour au cimetière et jeter un regard plein d’orgueil sur son tonneau.
La guerre, Vichy : On lui ordonne de détruire son tombeau. Son tombeau ? C’en était trop! Léonce dut s’aliter.
Matois, il gagne du temps. La libération le sauve.
Aujourd’hui, Chabernaud a 68 ans. Quand on lui parle de son tonneau, il répond en se tapant sur les cuisses : “Il m’a coûté 17000 francs. À l’époque, c’était un prix. Il est vrai qu’il est vaste et peut contenir quatorze places. J’ai bien choisi son emplacement car, en bas du cimetière, c’est trop marécageux et, comme chacun sait, je déteste l’eau. Aussi ai-je fait sceller dans mon caveau, plusieurs caisses de bonnes bouteilles. On les boira le jour de mes obsèques. Je ne voudrais pas qu’on dise : “Il était triste, l’enterrement de Léonce...””

Reportage : VALIERE-FROMENTI

        

Les “supporters” de Chabernaud sont aussi ses vieux amis. De gauche à droite, Mrs Duvoisin Pierre et Maurice, M. Restoueix, secrétaire du maire et M. Pont, le maire.
M. Chevalier, archiprêtre de Rochechouart, dénonça en chaire, l’“immoralité” du tonneau. Il ne veut pas que l’on parle de cette plaisanterie macabre.
M. Martin Sylvain, gardien du cimetière, touche les pourboires des touristes. Il fait visiter le tonneau à trois cents personnes par an environ.





Le visage malicieux de Léonce Chabernaud.



Léonce Chabernaud initie sa fille à la connaissance des vins.



Les jours heureux du retraité à Mouzon, en famille.
-Archives : famille Chabernaud-


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Les obsèques

“Semaine du monde-Dimanche magazine” -semaine du 28 mars au 3 avril 1953-


Joyeux compagnon, homme de coeur et commerçant avisé, Léonce Chabernaud est mort et enterré....La semaine dernière, les obsèques de ce robuste vieillard de 72 ans, ont réuni tous ses amis dans le petit cimetière de Rochechouart (Haute-Vienne), autour d’un caveau, qui, il y a vingt-trois ans, provoqua des commentaires jusque devant le conseil municipal...
Car Léonce Chabernaud, assis sur une tombe, surveillait, en 1930, la réalisation du wagon-foudre qui devait être son dernier domicile....et provoquait l’indignation du facteur local.
S’il faisait ainsi preuve d’un profond mépris du “qu’en dira-t-on”, le négociant en vins, dont l’histoire fut colportée de Tokyo à New-York, en passant par Paris, n’était pas pour autant un fantaisiste à tout crin... Son chai faisait l’admiration de tous : tonneaux alignés au cordeau, matériel scrupuleusement entretenu...
En 1938, à la suite de certaines dissensions familiales, Chabernaud dut abandonner son commerce. Retiré à Mouzon, il vit paisiblement mais songe à l’ordonnance de ses obsèques. Le caveau est en place, il ne reste plus qu’à mettre au point la cérémonie : “Ni fleurs, ni couronnes. Enterrement civil...”
Vendredi, lors de la cérémonie, tous les assistants étaient recueillis, contrairement à ce qui se passe généralement. Les seules fleurs que reçut le défunt furent des fleurs de rhétorique, dont les discours de ses amis étaient émaillés.
Celui qui fut traité d’original, risquera moins que d’autres d’être oublié...Comme au temps où il vivait, il aura de la compagnie autour de son “tonneau funèbre”.


Toute la famille réunie au moment des obsèques.
-Archives : famille Chabernaud-


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Le restaurant de Dallas : “Chez Marcel’s”

Le fils de Léonce Chabernaud, Marcel, s’expatria aux États-Unis et ouvrit à Dallas un restaurant français réputé, “Chez Marcel’s”. Il choisit de faire figurer sur sa carte le fameux tonneau ainsi que son histoire...On apprend ainsi que léonce avait même fait la demande de la pose d’un téléphone dans son tombeau pour pouvoir joindre ses proches ou ses amis en cas de besoin !!! Cette demande avait été refusée par l’administration concernée...


Allumettes à l’effigie du tonneau, distribuées au restaurant “Chez Marcel’s”.

Le rendez-vous tragique de Dallas

Le 22 novembre 1963, Marcel Chabernaud était chargé de diriger les préparatifs du déjeuner en l’honneur du président John Kennedy, invité par les groupes civiques de la ville de Dallas.
Malheureusement, ce dernier sera assassiné quelques minutes auparavant par un (ou des) tueur(s) embusqué(s) et ne participera jamais à ce banquet.
Cinquante ans après, le 22 novembre 2013, le journal “Le Populaire du Centre” relatera sur une de ses pages, cet évènement tragique.

Ce tableau de Victor Lamouroux, représentant le tonneau de Léonce, se transmet de génération en génération dans la branche familiale restée aux États-Unis.
Ce document m’a été fourni par Madame Katherine Marie Barnett, arrière petite fille de Léonce Chabernaud, domiciliée aux États-Unis, qui a découvert cette page consacrée à sa famille et m’a aimablement donné l’autorisation de publication.


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