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L’assassinat de BERMONDET, lieutenant général de la sénéchaussée de Limoges


La légende de la main coupée




Récit de l’abbé Duléry :
Le 2 Avril 1513, le vicomte François de Pontville, qui passait pour être très jaloux, était parti pour la chasse, selon son habitude, lorsque M. Bermondet de Cromières vint lui rendre visite.
Il fut reçu par la vicomtesse, en l’absence de son époux.
M. de Cromières avait de très belles mains et justifiait sous tous les rapports, la réputation des Bermondet depuis longtemps nommés “les beaux Cromières”.
Prié de s’asseoir à la table de la vicomtesse, il ne crut pas pouvoir décliner l’honneur d’une telle invitation.
Le vicomte n’arrivant pas, l’on se mit à table et M. Bermondet partit un peu avant le retour du seigneur.
À l’arrivée de celui-ci, la dame lui fait part de ce qui s’est passé et des regrets de M. de Cromières de ne point l'avoir rencontré.
Elle lui parle avec enthousiasme de l’élégance du marquis , de la beauté de ses mains, du plaisir que lui a fait éprouver sa visite.
Le vicomte écoute avec impatience les éloges donnés au visiteur. Le venin de la jalousie s’insinue dans son coeur, lui trouble l’esprit.
Il sort brusquement, ordonne au chef du poste militaire de faire monter à cheval Anizi, Lachapelle, Indant et Lenègre, s’élance avec eux aiguillonné par la colère, rejoint sur la place de Saint-Laurent-sur-Gorre M. de Cromières qui, l’ayant aperçu, s’avançait avec politesse pour le saluer, fait un signe à ses cavaliers et l’infortuné magistrat tombe sous leurs poignards...
Le farouche vicomte descend alors de cheval, coupe une main de sa victime, la place dans une boîte, revient à Rochechouart, entre dans la chambre de son épouse, couvert de poussière et de sang et lui présente l’horrible trophée en disant : “Madame, voici l’objet de votre admiration, de votre idolâtrie...C’est la belle main du marquis de Cromières...”



La vérité historique est beaucoup moins passionnelle.
Elle est issue des recherches d’un historien, l’abbé Lecler, qui en 1910 retrouva l’arrêt du parlement de Paris daté du 25 Juillet 1513, concernant cette affaire.
Le vicomte de Rochechouart désirait acheter à Pierre Bermondet sa terre “du Boucheron” et avait utilisé en vain tous les moyens pour y réussir.
À bout d’arguments, il fit établir un faux acte de vente et décida de faire assassiner Bermondet.
Après plusieurs embuscades qui échouèrent, le meurtre fut perpétré le 25 Juin 1512 à Saint-Laurent-de-Céris (et non à Saint-Laurent-sur-Gorre).
Bermondet fut assommé dans sa chambre puis étranglé dans une ruelle.
Son forfait commis, le vicomte rentra alors à Rochechouart et laissa éclater sa joie en organisant des réjouissances qui durèrent 15 jours.





Le parlement de Paris fut rapidement saisi de l’affaire. Tous les inculpés dont le vicomte étaient condamnés à la peine capitale. Mais ce dernier et quelques uns de ses complices s’étaient volatilisés.
En 1515, 400 hommes à cheval et 500 hommes à pied se rendirent à Rochechouart, y mirent le siège, brisèrent les portes à la recherche du coupable, en vain.
Il semblerait que plus tard, le vicomte de Rochechouart ait obtenu la grâce du roi. Il serait mort en 1523.
La maison de Rochechouart ressortait ruinée de cette affaire. Selon les chroniqueurs, 200000 écus furent demandés au titre des réparations, les bois de haute futaie abattus,le château (et notamment le donjon) démantelé.
Un siècle plus tard, au cours de réparations faites au château, un squelette qui n’avait qu’une main, fut découvert debout dans l’épaisseur de la muraille. Peut-être une autre histoire, bien réelle celle-là, s’est confondue et a contribué à alimenter la légende....